Psychologie positive et gratitude pour aller mieux ?

psychologie positivePsychologie positive, qu’est-ce que c’est ?

La psychologie positive est devenue un mouvement solide, assis sur d’innombrables études. Pourtant, elle reste critiquée et se heurte à de nombreuses réticences, liées d’une part à nos multiples « freins » au bonheur, et d’autre part à notre capacité à modifier nos paradigmes.

Il ne s’agit pas de « créer du bonheur à tout prix », car quand tout va mal, il est bien évident qu’il ne sert à rien de se forcer. Sauf à se faire violence et à favoriser un sentiment d’échec. Mais quand tout va bien, pourquoi ne pas laisser vivre ce ressenti et ces émotions agréables, qui sont bien présents au fond de nous si nous savons comment les chercher. Oui, parce qu’il faut les chercher ces émotions positives, cachées qu’elles sont pas notre société de consommation qui s’appuie fondamentalement sur … le mécontentement. Car c’est sur ce socle que s’accroît encore et toujours notre insatisfaction et à la suite, … notre consommation. Le paradoxe absolu est que dans notre société d’abondance, celui qui exprime de la gratitude est considéré comme un naïf, alors que cet état d’esprit est bien plus fréquent dans des pays moins « développés ». Un monde à l’envers !

D’où vient la psychologie positive ?

La psychologie positive est fondée sur le constat que les tendances altruistes existent naturellement (génétiquement) chez la plupart des animaux, ainsi que chez l’être humain (1,2). Ces tendances empathiques, compassionnelles et altruistes sont freinées par notre mental, notamment par notre éducation et par nos expériences sociales. Elles ne sont donc pas, comme l’affirmait la psychanalyse, essentiellement construite par la société (le sur-moi), pour contrebalancer les tendances humaines supposées être fondamentalement négatives (le ça).

Un nouveau regard

Cette approche radicalement différente ouvre à un regard nouveau, avec des conséquences immenses tant dans l’éducation de nos enfants, dans leur parcours scolaire, dans notre rapport aux autres et tout aussi bien dans la démarche de thérapeute en relation d’aide. Ainsi, de nombreuses pratiques de psychologie positive se sont développées dans le domaine de l’éducation, des apprentissages scolaires, de la santé, ainsi qu’en psychothérapie (3).

La gratitude est plus qu’une émotion liée à un plaisir personnel : elle devient un état d’esprit qui nous relie au monde et aux autres. Car la gratitude s’exprime par un comportement social : sourire, remerciement, silence d’appréciation, don en retour. C’est la grande émotion de structuration sociale, celle qui contribue notamment à faire qu’une communauté est plus que la somme de chacune de ses parties.

Les études sur la gratitude et son impact sur la santé ont commencé grâce au Pr Emmons à la fin des années 1990. Aujourd’hui, des équipes de chercheurs publient régulièrement des études sur la gratitude, tant rétrospectives que prospectives, avec des résultats des plus étonnants.

1 Jacques leconte : La bonté humaine. Ed. O. Jacob
2 Frans De Wall : Le singe en nous.
3 Jacques Leconte : Introduction à la psychologie positive.psychologie positive

Les études

Ainsi, en 2015 :

– Une étude Britannique (4) a montré que des personnes à qui on avait demandé de ressentir chaque jour un peu reconnaissance ont pu voir s’améliorer au bout de deux semaines à la fois leur sommeil et leur tension artérielle, comparativement à un groupe neutre.

– Une étude Américaine (5) très étonnante a montré que des patients suicidaires à qui l’on a donné des exercices psychologiques permettant de ressentir de la gratitude, voyaient leur niveau de désespoir se réduire dans 90 % des cas !

– Une équipe irlandaise (6) a étudié deux groupes durant trois semaines. Le premier devait noter chaque jour 5 choses dont ils se sentaient reconnaissants, alors que le deuxième en tout point comparable devait simplement noter 5 choses qui leur étaient arrivées dans la journée. Les personnes du premier groupe ont vu leur niveau de stress et de dépression chuter jusqu’à 27 %, alors que le groupe contrôle ne notait aucun effet.

– Une équipe japonaise (7), avec une étude quasi similaire, a retrouvé les mêmes résultats auprès de professionnels d’hôpitaux.

Un grand précurseur

Dès le début des années 2000, le Professeur Emmons avait déjà conduit plusieurs études (8), sur plusieurs centaines de personnes réparties en trois groupes. Celles du premier groupe devaient noter au moins un événement positif chaque jour. Le second devait lister les sujets stressants et le troisième prenait juste note des événements importants.

Au bout de 3 mois, les membres du premier groupe se sentaient plus heureux, avaient moins de souci de santé et pratiquaient plus d’activité physique. Le même test a été effectué avec des personnes victimes de maladies neuro-musculaires graves et dégénératives. Le résultat s’est trouvé être étonnant et même contre-intuitif, car il était encore plus positif, même du point de vue de leurs proches.

D’autres études (9) ont montré que la gratitude améliore aussi nos relations avec les autres, et en particulier nos relations de couple. Et c’est facile, car il suffit d’exprimer sa reconnaissance pour les petites choses du quotidien ; celles que l’on trouve tellement « normales » que l’on ne les remarque même plus et que l’on perd peu à peu le sentiment de la chance que l’on a.

Références:
4 The impact of a brief gratitude intervention on subjective well-being, biology and sleep. Marta Jackowska, Department of Psychology, Whitelands College, University of Roehampton, UK
5 Feasibility and utility of positive psychology exercises for suicidal inpatients. Huffman JC, Department of Psychiatry, Massachusetts General Hospital, Boston, MA, USA et al.
6 The effects of two novel gratitude and mindfulness interventions on well-being. O’Leary K. and Dockray S., school of Applied Psychology, University College Cork, Cork, Ireland.
7 Improving mental health in health care practitioners : randomized controlled trial of a gratitude intervention. Cheng ST, Tsui PK and Lam JH, Department of Psychological Studies and Department of Health and Physical Education, Hong Kong Institute of Education
8 Robert Emmons : Merci. Quand la gratitude change nos vies. Ed. Belfond 2008
9 Lambert NM, et al. “Expressing Gratitude to a Partner Leads to More Relationship Maintenance Behaviour”. Emotion (Feb. 2011): Vol.11, No.1, PP.52-60
Source : Spiralibre